Entre présence et éloignement

Les correspondances d'Annemarie Schawarzenbach par Marthe Keller


Parc de la Mare

Entre présence et éloignement

Annemarie Schwarzenbach, née en 1908 à Zürich, est une femme tourmentée par sa famille bourgeoise et son homosexualité. Reporter et photographe, elle trouve du réconfort dans ses voyages et ses amitiés, notamment avec Ella Maillart. En 1939, elles entreprennent un voyage en voiture de Genève à l’Afghanistan, relaté par Maillart dans “La voie cruelle”.

La lecture sera suivie d'une séance de dédicace de Marthe Keller

Annemarie Schwarzenbach

Née à Zürich en 1908, Annemarie décèdera dans les Grisons en 1942, âgée de seulement 34 ans. Cette femme est tourmentée. Elle le doit à sa singularité et au malaise qu’elle ressent d’appartenir à une famille de la grande bourgeoisie zurichoise, politiquement très à droite et proche du militarisme allemand. Son grand-père maternel était le général germanophile Ulrich Wille, allié Bismarck, nommé chef de l’Armée suisse en 1914. A la même famille Schwarzenbach appartient le conseiller national d’extrême droite qui lancera, un quart de siècle après la mort d’Annemarie, une initiative populaire xénophobe « contre l’emprise étrangère », rejetée en 1970.

A cette époque dans un tel milieu, une jeune femme homosexuelle et qui pense autrement que les siens ne peut vivre sereinement. Elle trouve un certain réconfort dans son métier de reporter et de photographe, dans les lointains voyages et la drogue, mais aussi dans l’amitié de gens qui la comprennent, comme les enfants de l’écrivain allemand Thomas Mann, Erika et Klaus Mann, ou la célèbre écrivaine et voyageuse genevoise Ella Maillart.

Ella rencontre Annemarie en 1938 à Zürich grâce à des amis communs, les parents de la future comédienne Delphine Seyrig. Les deux jeunes femmes s’écrivent et conçoivent un grand voyage à deux en automobile. Dès le 6 juin 1939 – trois mois avant le début de la Seconde Guerre mondiale – elles roulent en Ford 1932 de Genève en Turquie par les Balkans, puis traversent l’Iran à destination de l’Afghanistan. Le récit d’Ella Maillart paru sous le titre « La voie cruelle » raconte ce périple qui débouchera pour Annemarie sur son retour en Suisse et pour Ella sur un séjour en Inde qui durera jusqu’en 1945. Les deux femmes ne se revirent plus, Annemarie étant morte en novembre 1942 à Sils Baselgia (GR), des suites d’un accident de bicyclette. (BCH)

Les Scènes de ma vie -Marthe Keller